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Clarence Boulay

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Clarence Boulay

TRISTAN

L’émotion est grande pour Ida quand, un jour de mars, elle monte sur un langoustier en partance duCap pour Tristan, une île accessible uniquement par bateau : la peur de l’inconnu, et aussi la tristesse de laisser Léon à quai. La veille du départ, ils ont tiré au sort la seule place qui leur avait finalement été accordée parmi les douze passagers admis à bord. Au fil des sept jours de traversée enplein Atlantique Sud, les repères d’Ida commencent à basculer. Elle ne sait rien de ce qui l’attend. Au moment du débarquement, l’activité est frénétique. Mike et Vera, qui l’accueillent dans leur maison en haut du village, n’ont pas une minute pour elle, qui lentement prend ses marques dans ce paysage entre mer et volcan. Elle comprend vite qu’ici, le temps se dilate ou s’accélère en fonction des rares événements extérieurs. Le naufrage d’un cargo sur Bird Island toute proche, lieu de reproduction des
manchots dans l’archipel, va bientôt bouleverser la communauté, et son propre équilibre. Tous s’emploient au sauvetage des oiseaux mazoutés : une semaine durant, Ida participe à la collecte
de nourriture. Un soir, à l’Albatross Bar, elle accepte au pied levé la proposition lancée par Saul de partir sur l’île sinistréepar la marée noire. Seule femme avec trois hommes sur cette île déserte, Ida consacre ses instants de répit à dessiner son nouvel univers : le ciel, l’océan, le cabanon à flanc de roche, et les oiseaux englués dans le fuel. Ses observations, sa sensation d’éloignement, de dessaisissement, elle les a jusque-là régulièrement notés pour celui qui est resté sur le continent.
Mais quand, une nuit, Saul la raccompagne, elle ne peut plus confier qu’à elle-même, dans une sorte de journal de bord, son désarroi et son éblouissement face à l’irruption inattendue d’une histoire d’amour aussi improbable que le lieu où elle se trouve. Pendant quinze jours hors du monde – la mer est mauvaise, aucune embarcation ne peut accoster –, la valse des corps et des sentiments devient son seul horizon et le territoire de l’île un huis clos amoureux.
Pour dire le retour à Tristan, dans cet espace confiné où tout se sait, pour évoquer le manque, la solitude et l’attente comme ligne d’horizon, les mots poignants et justes de Clarence Boulay font merveille. Excellant dans l’art de brouiller la frontière entre l’espace et le temps, la jeune romancière
force l’admiration. Au rythme de la houle et du vent, son texte largue les amarres,et bouscule toutes les certitudes.

@Florian Tiedje

Biographie

Née en 1984, Clarence Boulay est plasticienne et scénographe, diplômée de l’École des beaux-arts et de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. Ses nombreux séjours dans des espaces insulaires, notamment huit mois à Tristan da Cunha, lui ont inspiré son premier roman « Tristan », Prix du Roman Version Femina 2018, de même qu’ils nourrissent sa réflexion de doctorante à l’École des hautes études en sciences sociales.

Bibliographie

  • Tristan (2018)

 

 

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